Le silence qui suit une fusillade est presque toujours aussi saisissant que la fusillade elle-même. Il y a quelque chose de contre-nature là-dedans, une bascule brutale du chaos vers le vide, comme si l’univers reprenait soudainement son souffle après avoir hurlé à pleins poumons. Il y a trente secondes, ce couloir était un enfer de lumière bleue stroboscopique, de hurlements stridents et d’ozone brûlé, un tunnel de rage mécanique où chaque rafale imprimait son empreinte dans l’air.
Maintenant? On entendrait une mouche voler. Enfin, si les mouches étaient assez stupides pour vivre sur une lune gelée, coincées dans une cave avec une créature capable d’encaisser des tirs accélérés magnétiquement sans broncher. Même la poussière semble hésiter à retomber, comme si elle craignait de faire du bruit. De briser le calme fragile.
Je suis assis par terre, le dos appuyé contre la roche noire et froide de l’Obélisque. Le froid me traverse l’omoplate, remonte dans la nuque et s’accroche à ma peau à travers la combinaison. Mes mains tremblent encore un peu. Pas de peur. De l’adrénaline. Ou peut-être que c’est le contrecoup de la décharge d’énergie que SADIE a balancée à travers mon système nerveux pour repousser le monstre.
J’ai l’impression qu’on m’a passé au micro-ondes en mode décongélation rapide, sauf que quelqu’un a oublié d’arrêter le cycle à temps. Une migraine pulsatile tape derrière mon œil gauche, avec une régularité méchante. Méthodique. À chaque pulsation, ma vision se resserre une fraction de seconde. Pas assez pour m’aveugler. Juste assez pour me rappeler que mon cerveau est en train de payer une facture dont je n’ai jamais signé le contrat.
Tiny est le premier à bouger. Évidemment. Le gars a été fabriqué pour traverser les pires scènes en restant fonctionnel. Comme une machine. Il se relève, massif dans la pénombre, et vérifie la chambre de son fusil GR34 d’un geste sec, clac-clac. Il balaie le couloir sombre où la chose a disparu, lentement, méthodiquement. Pas un mouvement inutile.
— Ça court vite, pour un tas d’os fumant, grogne-t-il, l’œil toujours rivé sur la lunette de visée.
Sa voix est basse, mais elle résonne dans l’Obélisque comme dans une cage thoracique. Le son revient en petits échos, déformés, comme si la structure avalait nos mots avant de les recracher. Comme si elle nous écoutait.
Lexie fixe encore l’endroit où SADIE s’est tenue quelques instants plus tôt. Elle a le regard de quelqu’un qui vient de voir Dieu, et qui est profondément troublé de découvrir qu’il ressemble à une fillette de 10 ans en colère capable de plier la physique. Elle n’ose pas respirer trop fort, comme si un souffle pouvait faire revenir la projection. Ou faire revenir pire.
Je me tourne vers la Docteure Takala. Elle est recroquevillée contre le mur opposé, serrant contre elle un boîtier métallique cabossé comme si c’était un enfant nouveau-né. Ses doigts blanchissent sur les arêtes du métal. Elle s’y accroche comme on s’accroche à un radeau dans une mer noire.
— Hé, Doc, dis-je doucement en me relevant, mes genoux craquant en protestation.
Ça tire dans mes jambes. Mes muscles hurlent. La gravité ici est assez proche de la nôtre pour être impitoyable.
— Les présentations officielles attendront, mais... vous êtes entière?
Elle lève vers moi des yeux hantés. Des yeux qui ont vu trop de choses. Elle a du sang séché sur la tempe et des ecchymoses violacées sur le cou. Des marques de doigts encore visibles. Sa respiration est courte, saccadée, comme si elle avait couru pendant des kilomètres ou crié pendant des heures.
Elle tremble, oui, mais son regard n’est pas vide. C’est un regard analytique. Un regard de chercheuse qui essaie, par réflexe de survie mentale, de classifier l’horreur qu’elle vient de revivre.
— Vous... vous l’avez repoussé, murmure-t-elle, sa voix cassée. L’Acanth… Personne n’avait jamais réussi à le faire reculer. Jamais.
— L’Acanth? répété-je en époussetant mon pantalon, surtout pour occuper mes mains. Pour éviter de trembler.
Comme ça, il a un nom. Et comme tous les noms, celui-là sonne comme une menace ancienne. Comme un mot qu’on ne devrait pas prononcer à voix haute.
— C’est comme ça que vous appelez cette saloperie?
— Reduvius Acanthis oui, dit-elle, continuant de jeter des coups d’œil nerveux vers l’ouverture par où la créature est partie. Comme si elle pouvait revenir à tout moment.
Takala se redresse un peu, un éclair de rigueur scientifique traversant sa terreur. Le réflexe du chercheur. Tiny fronce les sourcils, sa mémoire encyclopédique s’activant malgré le chaos.
— Reduvius... marmonne-t-il. Comme la famille des réduvidés? Les punaises assassines?
Il nous lance un regard sombre, ajustant sa prise sur son arme, comme si la conversation risquait de rendre le monde encore plus dangereux.
— Sur Terre, ce sont des insectes qui tuent en liquéfiant les organes de leurs proies avant de les aspirer. Certaines espèces se couvrent même avec les cadavres de leurs victimes pour se camoufler.
— Charmant, répondis-je, ma gorge se serrant.
Takala hoche la tête, impressionnée malgré elle par la déduction. Surprise qu’un soldat connaisse l’entomologie.
— C’est... C’est exactement ça, dit-elle, ajustant son opinion de Tiny en un instant.
Elle déglutit. Sa gorge fait un bruit sec. Douloureux. Elle désigne le couloir vide avec un mélange de dégoût et de fascination morbide, comme si elle voyait encore la silhouette se retirer dans l’ombre.
— Vous avez vu son armure? Ces plaques grisâtres?
— On aurait dit de la chitine, dis-je. Ou de la pierre. Nos balles ont rebondi dessus comme des pois secs.
Takala secoue lentement la tête. Son visage se ferme.
— Ce ne sont pas des pierres, Capitaine, répondit-elle avec dégoût. Ce sont des os. Les os de leurs ennemis défunts.
Un silence glacé tombe sur le groupe. Pas le silence d’avant. Celui-ci est plus lourd. Plus malade. Il s’installe dans la poitrine, s’accroche au diaphragme. Il étouffe.
Tiny se fige, même lui est révolté. Lexie porte une main à sa bouche, et je la vois avaler quelque chose, un réflexe de nausée qu’elle combat.
— Pardon? fait Lexie d’une voix étranglée, comme si elle avait besoin de vérifier qu’elle a bien entendu. Comme si son cerveau refusait de traiter l’information.
— Ils dissolvent l’intérieur de leurs proies pour se nourrir, continue Takala d’une voix blanche. Clinique. Ils injectent des enzymes qui liquéfient les organes, puis ils boivent le tout. Comme un milkshake morbide.
Elle s’interrompt une fraction de seconde, comme si son esprit lui envoyait une alerte de dégoût, puis elle force la suite. Parce qu’on doit savoir.
— Mais ils ne jettent pas le reste. Ils nettoient les os les plus solides et les collent sur leur propre exosquelette avec une résine noire qu’ils sécrètent. Une sorte de colle biologique.
Elle frissonne violemment, et ce frisson n’a rien à voir avec le froid. Ça vient d’un endroit plus profond. D’un endroit primordial.
— Ils se construisent une armure avec nos morts… C’est une protection physique, mais aussi psychologique, dit-elle. C’est une espèce barbare, obsédée par la domination. Ils portent leurs trophées pour prouver qu’ils sont au sommet de la chaîne alimentaire. Pour nous terroriser leurs adversaires.
Je repense aux impacts sur l’armure du monstre. Je n’ai pas tiré sur du kevlar alien. J’ai tiré sur des fémurs humains volés, sur des côtes, sur des crânes, sur des restes. Sur des gens. J’ai envie de vomir, mais je ravale la bile. Pas le moment. Pas maintenant.
Je sens quand même ma gorge se contracter, et ma migraine répond avec une pulsation supplémentaire, comme si SADIE me rappelait qu’on n’a pas le luxe de craquer. Qu’on doit rester debout.
— Charmant, lâche Lexie, le teint verdâtre. Absolument charmant. Je vais probablement faire des cauchemars pour le reste de mes jours.
— On doit sortir d’ici, dis-je en coupant court au cours de xénobiologie cauchemardesque. Maintenant.
— On remonte à la surface, on contacte le GECO, et on laisse la cavalerie gérer votre collectionneur d’os.
Je tends la main vers Takala. Elle hésite un instant, le regard glissant vers le couloir sombre, comme si elle imaginait déjà la chose revenir, puis elle fixe ma paume.
— Le DeepLink… C’est ce que vous disiez dans la vidéo. C’est notre ticket de sortie. Sans ça, on est muets.
Takala baisse les yeux vers le boîtier qu’elle serre contre elle. Son expression se ferme. Puis, lentement, avec une réticence douloureuse, comme si elle arrachait un pansement, elle me le tend.
Mon estomac fait un saut périlleux arrière.
Le boîtier est une ruine. L’écran est éclaté. Pulvérisé. Les composants internes pendent comme des tripes électroniques. Des circuits fondus. Mais ce n’est pas le monstre qui a fait ça. Il y a un impact de balle, net et précis, en plein centre du processeur. Un tir à bout portant. Pas accidentel. Pas improvisé. Volontaire.
— Je l’ai saboté, murmure-t-elle, la culpabilité pesant dans sa voix. Il voulait l’utiliser. Je ne pouvais pas prendre le risque qu’il envoie un SOS vers son système d’origine. Vers eux.
Lexie explose presque, la tension accumulée sortant d’un coup. Comme une valve de pression.
— Vous êtes malade! Vous avez détruit notre seule chance! C’était notre seul moyen d’appeler de l’aide! On va mourir ici à cause de vous!
Takala se redresse, et pendant une seconde je vois revenir l’ombre de l’autorité de cheffe scientifique, celle qui a probablement tenu une équipe entière debout dans cet enfer. Qui a pris des décisions impossibles.
— C’était un choix nécessaire, dit-elle fermement. J’ai sacrifié la communication pour empêcher bien pire… une possible invasion de la terre. Une contamination.
Elle nous regarde, cherchant un soutien, une validation, n’importe quoi qui ressemble à un pardon rationnel. À une absolution.
— De toute façon, tout n’est pas perdu, ajoute-t-elle précipitamment, comme pour se convaincre elle-même. S’accrochant à l’espoir. Vous êtes là. Vous êtes arrivés avec une navette, nous pouvons remonter rejoindre votre vaisseau en orbite et quitter ce système. Nous préviendrons la Navy une fois en sécurité.
Je sens un poids énorme s’abattre sur mes épaules. Comme une montagne. Elle a détruit la radio pour sauver l’humanité, et maintenant elle s’accroche à l’idée que nous soyons son taxi. C’est presque tragique. Presque comique. Sauf que c’est moi qui dois annoncer la réalité. Et la réalité est pire.
Je porte lentement la main à mon oreillette. Le geste me fait grimacer. Une onde de douleur part de mon cou, traverse la tempe. Comme une lame. SADIE, silencieuse, comme accroupie au fond de mon crâne, ne dit rien. Mais je sens son attention.
— Sofia? Tu me reçois? Quelle est la situation?
La réponse de Sofia est hachée par la statique, et le contenu est pire que la qualité de réception. Bien pire.
— Sam... ksshh... Le diagnostic de Niña est terminé. C’est... c’est fini, Sam.
Je ferme les yeux. Une seconde. Juste une seconde pour tenir la rage et l’épuisement à distance. Pour ne pas hurler.
— Donne-moi les détails, Sof.
— Le crash a tordu la quille principale sur quarante mètres. Les injecteurs du réacteur sont fondus dans le châssis. Le drive est mort. Complètement grillé. Même si on avait un chantier naval à notre disposition... elle ne volera plus, Sam. Le Niña est une épave. Un cercueil.
Je ne réponds pas tout de suite. J’entends mon propre souffle dans l’oreillette, un bruit trop humain dans un endroit trop ancien. Takala me regarde, son sourire plein d’espoir se figeant lentement sur son visage sale, comme une photo qui se dégrade. Comme une bougie qu’on éteint.
— Et Raj... ajoute Sofia, la voix brisée. Tremblante. Les batteries de la capsule de stase tiennent le coup, mais c’est du provisoire. Du pur bricolage. Si on ne trouve pas une source d’énergie stable assez rapidement... le système de survie va décrocher.
Je prends une grande inspiration. L’air ici est froid, sec, et sent l’ozone mêlé à cette odeur douceâtre, écœurante, des enzymes digestives de l’Acanth. L’odeur de la prédation. L’odeur de ce qui dissout. De ce qui dévore.
— Bien reçu, Sofia. Tiens bon. On va trouver une solution. Mercer terminé.
Je baisse la main. Takala attend. On voit qu’elle s’accroche. Elle attend la phrase qui va la sauver. Le miracle.
— Alors? demande-t-elle, sa voix montant légèrement. Votre vaisseau est prêt, on y va?
Je secoue la tête lentement.
— Non, Doc. Le Niña s’est écrasé à l’atterrissage. C’est un tas de ferraille. De métal tordu. Elle ne volera plus jamais.
Le visage de Takala se décompose. Littéralement. Elle regarde le DeepLink détruit dans ses mains, puis moi. La réalité de son sacrifice vient de la frapper de plein fouet, sans amortisseur. Sans pitié.
— J’ai... j’ai détruit notre seule chance... souffle-t-elle, les jambes flageolantes. Je nous ai condamnés.
Elle s’effondre sur le sol, agrippant ses genoux et les pressant sur son torse de toutes ses forces, comme si elle essayait de contenir l’effondrement de l’univers entre ses bras.
— On a un plan C, Patron? demande Tiny, coupant court à la crise de nerfs qui menace de nous engloutir. Sa voix est calme. Pragmatique.
Je sens mon cerveau patiner, chercher, calculer, comme un moteur qu’on force à redémarrer dans le froid. Et derrière, il y a ce lien. Cette présence silencieuse. SADIE. Elle ne parle pas, mais je sens son attention, une tension, comme si elle attendait que je pose la bonne question. Comme si elle savait quelque chose.
— On en improvise… dis-je. Doc, c’est quoi cet endroit, exactement? Ça ne fait pas partie de la base de l’ONU.
— C’est un artefact alien, dit-elle d’une voix éteinte, caressant le mur noir du bout des doigts. Comme si elle touchait quelque chose de sacré. Probablement ici depuis des millions d’années. Peut-être plus.
Elle regarde autour d’elle, comme écrasée par l’immensité du lieu. Par son âge.
— La structure s’étend sur des kilomètres sous terre. C’est là que nous avons trouvé l’Acanth. Dans une sorte d’hibernation. De stase. Nous n’avons pas réussi à l’explorer en totalité. C’est un vrai labyrinthe là-dessous.
Mon équipage. Mes amis. Ma famille. Ils comptent sur moi. Allez Mercer. Pense. Réfléchis. Tu dois trouver une solution. Tu en trouves toujours.
Et c’est là que ça se produit.
Une lumière apparaît derrière moi. Pas une explosion. Pas un flash de combat. Une présence. Douce. Statique. Incertaine. Fragile. Comme une image qui lutte pour rester cohérente dans l’air froid.
Je me retourne.
Comme une projection mal stabilisée, une silhouette fragile flotte à quelques centimètres du sol noir. Petite. Bleutée. Une fillette en robe simple. SADIE. Elle reste à distance, les mains jointes devant elle, le regard baissé comme une enfant qui a cassé un vase précieux et qui attend la punition. Qui attend qu’on la gronde.
— Exc... excusez-moi, dit-elle doucement. Timidement.
La Docteure Takala lâche un hurlement de terreur pure. Primitif.
La voix de l’enfant n’est pas dans nos oreilles. Elle est dans l’air. Dans les murs. Dans la moelle de nos os. Une vibration acoustique générée par l’environnement lui-même.
— Je suis désolée, je… Je ne voulais pas vous faire peur. Je ne vous veux aucun mal. Promis.
Personne ne parle. Même Tiny a la bouche ouverte. Stupéfait. Lexie a cessé de trembler pour la fixer, fascinée, comme si son cerveau avait choisi la curiosité pour ne pas imploser. Pour ne pas s’effondrer.
— Quand j’ai repoussé l’Acanth… continue-t-elle, hésitante, levant ses mains translucides… j’ai senti les murs. Le sol. Les systèmes. J’ai vu la structure.
Elle lève timidement les yeux vers nous. Ses yeux ne sont pas humains. Ce sont des puits de données, des constellations en mouvement, des patterns qui se reconfigurent plus vite que la pensée. Plus vite que la lumière.
— C’est une structure endormie. Mais pas morte. Pas encore. Au centre, il y a un noyau. Un cœur.
Elle fait un pas en avant. Sa lumière vacille un peu, signe de l’effort qu’elle fournit pour maintenir cette projection. Je sens presque la résistance, comme une traction à l’intérieur de mon crâne, comme si mon corps servait de point d’ancrage. D’antenne.
— Si je peux atteindre le noyau. Je pourrais envoyer un appel à l’aide. Pas par vos satellites. Via la structure elle-même.
Un espoir minuscule se glisse dans ma poitrine. Petit, fragile, dangereux. Comme tout ce qui a l’air trop simple ici. Comme une bouée qu’on vous lance en pleine tempête.
Si elle peut interfacer avec une technologie vieille de millions d’années, on a une chance. Une seule. Et si elle se trompe, on a un cercueil.
— Mais... ? demandé-je, sentant le “mais” arriver comme une lame qu’on n’a pas le temps d’éviter.
— Mais c’est dangereux. Il est là-bas. Peut-être pas seul… Et le noyau m’appelle.
Je comprends. Je le sens dans ma propre tête, à travers notre lien. Une traction. Un murmure sans mots. Une direction. Une faim. Elle ne veut pas juste y aller pour nous sauver.
Elle veut y aller parce qu’elle s’en souvient. Parce qu’elle y a appartenu. Parce qu’elle n’est peut-être pas qu’une invitée dans ce corps, ni dans cette structure.
Je regarde Tiny. Lexie. Takala. Ils attendent que je décide si on suit le fantôme ou si on meurt ici.
— Voilà notre plan C, dis-je, ma voix plus ferme que je ne la sens. Notre seule chance.
Personne ne répond tout de suite. Puis Tiny hoche la tête, ajustant la sangle de son arme lourde. Sa décision est simple, brutale, rassurante.
— Alors on y va. Si la fillette connaît le chemin, je dis on suit Sadie.
Lexie inspire profondément, ravalant sa peur. On voit ses doigts se crisper sur son arme, mais elle hoche la tête. Déterminée.
Takala ferme les yeux une seconde, puis les rouvre, résignée, brisée, mais debout. Encore debout.
— Que Dieu nous protège.


